
JEANNE MALIVEL
Artiste et créatrice : penser ensemble le meuble, le motif et l’espace.
Jeanne Malivel (1895–1926) est une figure majeure du renouveau des arts décoratifs bretons.
Son œuvre, brève mais variée, passe du dessin à la gravure, de la céramique aux projets de mobilier et de textile.
Elle cherche des formes contemporaines capables d’exprimer une culture régionale sans copier les meubles anciens.
De Loudéac aux ateliers parisiens
Née à Loudéac, Jeanne Malivel se forme au dessin auprès de Louise Gicquel pendant ses études à Rennes. La Première Guerre mondiale interrompt son parcours artistique : revenue à Loudéac, elle travaille comme infirmière bénévole et dessine les blessés dans ses carnets. Ces documents témoignent d’une pratique attentive aux personnes autant qu’aux formes.
Elle réussit de nouveau le concours des Beaux-Arts de Paris en 1918. L’Association des Amis de Jeanne Malivel rappelle ses liens avec la Guilde Notre-Dame et les ateliers d’Art sacré de Maurice Denis. Son retour en Bretagne s’accompagne d’un engagement pour les savoir-faire locaux : l’artisanat doit contribuer à la vie économique du territoire et offrir des perspectives aux jeunes Bretonnes tentées de partir travailler à Paris.
Source : Association des Amis de Jeanne Malivel, notice biographique.
La gravure, entre histoire et imaginaire
Les bois gravés donnent une place centrale à l’histoire et aux récits bretons. La sélection de l’association réunit notamment Nominoë, Jeanne-la-Flamme, le débarquement de Jean IV, le camp de Conlie et la bataille de Ballon. Les figures légendaires de Viviane et Merlin côtoient les portraits d’écrivains, de Brizeux à Tristan Corbière. Ce répertoire permet d’aborder plusieurs dimensions de son œuvre graphique : récit historique, imaginaire et mémoire littéraire.
Une modernité bretonne
Au début des années 1920, cette recherche rejoint celle d’autres artistes et artisans réunis autour des Seiz Breur.
Le groupe veut rapprocher conception artistique et travail des ateliers.
Les lignes deviennent plus nettes, les volumes plus simples et le décor plus lisible.
Les motifs régionaux ne disparaissent pas : ils sont transformés et employés avec mesure.
L’Osté de 1925
La salle à manger présentée au Pavillon de la Bretagne de l’Exposition internationale des arts décoratifs de Paris en 1925 en donne une démonstration.
Malivel et René-Yves Creston fournissent des dessins et des esquisses d’assemblage dès 1923.
Le menuisier Gaston Sébilleau exécute les meubles.
Cette répartition des rôles est essentielle pour attribuer correctement les pièces.
L’ensemble associe des meubles solides à une volonté d’alléger leur silhouette.
Leur construction ne se cache pas derrière un décor rapporté : jonctions et structures participent au dessin.
Sur une armoire conservée à Quimper, un éclair simplifié, creusé dans le bois et peint en noir, suffit à animer les portes.
Les chaises présentent des dossiers sobres et des assises garnies de tissu.
Le mobilier de l’Osté fut salué lors de l’exposition de 1925.



René Trotel documente la chambre à coucher dessinée par Jeanne Malivel pour le mariage de sa sœur et réalisée par Julien Bacon, à Caurel (p. 205). Dessin du meuble et exécution en atelier participent ainsi d’un même projet, adapté à la vie domestique.
Pourquoi regarder les documents ?
Une pièce inspirée de ce vocabulaire n’est pas automatiquement un meuble dessiné par Malivel.
La provenance, les dimensions, les assemblages et les photographies anciennes doivent être rapprochés des œuvres conservées.
Les signatures, les tampons et la documentation de l’atelier méritent un examen particulier.
Il faut aussi distinguer ce que Malivel a conçu seule, ce qu’elle a conçu avec Creston et ce que Sébilleau a fabriqué.
Du meuble aux arts de la maison
Le répertoire d’œuvres présenté par l’association élargit le regard au-delà de l’Osté. Il comprend une bonnetière datée de 1919, un meuble au motif « Kaourentin » et du mobilier de l’exposition de 1925. Ces repères permettent de replacer les projets d’ameublement dans un parcours plus large.
Les textiles — étoffe d’ameublement à feuilles, rubans, coussin à motifs celtiques et serviette de table — voisinent avec le « service jaune » en céramique et des projets de vitraux, dont un panier fleuri et une fougère. Leur rapprochement invite à lire l’intérieur comme un ensemble, où meuble, tissu, vaisselle et lumière participent au décor.
Le site rappelle également que le conte Les Sept Frères, transcrit en gallo et illustré par Malivel, est à l’origine du nom Ar Seiz Breur.
Source : Association des Amis de Jeanne Malivel, galerie des œuvres. Les intitulés et la date de la bonnetière reprennent les légendes de cette galerie.
Une œuvre à documenter et à transmettre
Constituée à Rennes en mars 2014, l’Association des Amis de Jeanne Malivel œuvre au recensement et à la conservation des créations de l’artiste. Elle favorise leur connaissance par les expositions, les publications et les rééditions, avec l’appui d’un comité scientifique réunissant historiens de l’art, conservateurs et universitaires. Son travail constitue une ressource pour poursuivre l’étude des œuvres et de leur histoire.
Source : présentation de l’association.
Lectures complémentaires
- Jeanne Malivel dans la grande guerre, version 2018, 75 pages : pour prolonger l’étude des carnets et de l’expérience de guerre.
- Journée d’étude Jeanne Malivel, actes des conférences du 29 septembre 2018 au Musée départemental breton, 49 pages.
- Colloque Jeanne Malivel, actes du colloque du 15 avril 2023 à l’Institut national d’histoire de l’art, 88 pages.
- Révoltes et batailles en Bretagne, textes de Françoise Le Goaziou, 112 pages : une contextualisation des gravures et dessins préparatoires.
Références et éditions : bibliographie des Amis de Jeanne Malivel.
Le centenaire de 2026 à Loudéac
Pour le centenaire de sa disparition, l’exposition présentée à la médiathèque de Loudéac du 2 septembre au 30 octobre 2026 explore les liens de Malivel avec sa ville natale. Organisée avec les Musées de la Route du Lin et l’association, elle bénéficie de prêts de collections privées. Cette approche locale complète la lecture de son rôle dans le renouveau des arts décoratifs bretons.
Source : actualités de l’association, consultées le 16 octobre 2026.
Dates clés
- 1895 — Naissance à Loudéac.
- 1923 — Cofondation des Seiz Breur et premiers projets pour l’Osté.
- 1925 — Présentation de l’Osté à l’Exposition des arts décoratifs de Paris.
- 1926 — Décès.
Sources
Armoire de l’Osté, musée départemental breton, notice 02080006834.
Chaises de l’Osté, musée départemental breton, notice 02080006841.
Ces notices permettent de confronter les détails d’un objet aux exemplaires conservés à Quimper.
BIBLIOGRAPHIELIBRARY

Jeanne Malivel : son œuvre et « Les sept frères »
Octave-Louis Aubert · Préface de Maurice Denis
Association Mémoire du Pays de Loudéac · 1995
Réédition de l’ouvrage de 1929 consacré à Jeanne Malivel.
Référence ↗
Ar Seiz Breur. Recherches et réalisations pour un art breton moderne, 1923–1947
Jean-René Rotté
Breizh Hor Bro, Elven · 1987 · 203 p.
Histoire du mouvement et de ses recherches dans les arts appliqués.
Référence ↗
Seiz Breur. Pour un art moderne en Bretagne, 1923–1947
Pascal Aumasson
Locus Solus · 2017 · Nouvelle édition en 2023
Étude illustrée des artistes, des disciplines et des réalisations du mouvement.
Référence ↗
Quimper Cornouaille. Années 1920/1930
Philippe Le Stum (dir.)
Palantines, Quimper · 2010 · 173 p.
Catalogue consacré à l’Art déco en Cornouaille : mobilier, céramique et arts plastiques.
Référence ↗- Denise Delouche, « Jeanne Malivel, le phare du renouveau breton », dans Ar Seiz Breur 1923–1947, 2000, p. 44–59.
- Daniel Le Couédic et Jean-Yves Veillard (dir.), Ar Seiz Breur 1923–1947. La création bretonne entre tradition et modernité, Terre de Brume / Musée de Bretagne, Rennes, 2000.
- René Trotel, Le Mobilier Breton. Histoire et splendeurs d’un artisanat régional, Coop Breizh, préface de Laurence Prod’homme.
- Olivier Levasseur, Jeanne Malivel : une artiste engagée, Locus Solus, 2023.
- Philippe Le Stum, Arts populaires de Bretagne, Ouest-France, 1995.






