
Olivier Mourgue est mort le 5 octobre 2026, à Plouguiel, dans les Côtes-d’Armor. Il avait 87 ans. Pour DIZAGN, cette disparition a une résonance particulière : entre 2008 et 2010, j’ai consacré deux années de recherche à l’œuvre d’Olivier Mourgue dans le cadre d’un Master II en Histoire de l’Art à l’Université Paris IV–Sorbonne, sous la direction de Jean-Louis Gaillemin, en collaboration directe avec Olivier Mourgue.
Cette recherche avait un point de départ simple : comprendre Olivier Mourgue au-delà de la série Djinn. Très vite, les entretiens, les archives et les rencontres ont révélé une œuvre beaucoup plus vaste, traversée par l’espace, l’habitat, la mobilité, le corps, les matériaux, l’enseignement et une forme de liberté qui échappe aux catégories trop étroites.
Une première rencontre à Brest
L’histoire a commencé en mai 2008. Je cherchais alors à consacrer mon travail universitaire à un designer français des années 1960. Le choix d’Olivier Mourgue s’est rapidement imposé, mais il fallait encore le rencontrer. J’appris qu’Olivier Mourgue enseignait à l’École des Beaux-Arts de Brest. Une rencontre fut organisée.
Arrivé dans l’école, perdu parmi les étudiants, je demandai à un homme qui passait où se trouvait Olivier Mourgue. Il me guida jusqu’à l’atelier avant de se retourner et de se présenter lui-même. Cette première rencontre disait déjà beaucoup : humour, liberté, simplicité et distance vis-à-vis de sa propre notoriété.
Un designer de l’espace, pas seulement du siège
Le nom d’Olivier Mourgue reste intimement associé à Djinn, dessinée au milieu des années 1960 pour Airborne et devenue une image emblématique du design français, notamment après son apparition dans 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Mais Olivier Mourgue ne pensait jamais le siège comme un objet isolé. Les assises, les couleurs, les textiles, la lumière et les circulations participaient d’une même conception de l’environnement.


La série Djinn condense une partie de cette recherche : structure légère, mousse synthétique, textile extensible, silhouettes basses et souples, mobilité des éléments. D’autres projets — Montréal, Bouloum, les recherches pour le Mobilier national, Prisunic ou les environnements expérimentaux — prolongent cette volonté de remettre en question les conventions domestiques.
Du meuble au paysage intérieur
Au tournant des années 1970, Olivier Mourgue pousse cette logique plus loin. Les « coins conversation », les appartements expérimentaux, la Cellule Cafétéria et les environnements de Visiona III ne proposent plus seulement des meubles : ils construisent des zones d’usage, des atmosphères et des paysages intérieurs. On s’assoit plus bas, on s’allonge, on se rapproche du sol ; les frontières entre mobilier, textile et architecture intérieure deviennent moins nettes.


La mobilité devient elle aussi centrale. Olivier Mourgue imagine des ateliers mobiles, des systèmes transportables, des équipements autonomes et des projets qui interrogent la permanence même de l’habitat. L’objet n’est plus la finalité : il devient un moyen de questionner la manière de vivre.
La Bretagne, l’art et la transmission
Le déplacement vers la Bretagne marque une autre étape. L’enseignement, la pratique artistique et la transmission prennent progressivement une place essentielle. C’est aussi en Bretagne que cette recherche universitaire a pu commencer, et c’est là que le parcours d’Olivier Mourgue rejoint, d’une manière plus personnelle, celui de DIZAGN.
Les anciens élèves rencontrés au cours de mes recherches décrivaient moins un professeur transmettant des recettes qu’un enseignant invitant à chercher, à expérimenter et à déplacer les évidences. Cette attitude correspond à ce que l’œuvre entière d’Olivier Mourgue laisse apparaître : une volonté constante de ne pas figer les formes.
À la recherche du rêve
Le titre donné à mon mémoire, À la recherche du rêve, prend aujourd’hui une autre résonance. Il ne désignait pas seulement l’esthétique futuriste que l’on associe parfois à Olivier Mourgue. Il renvoyait à une recherche plus profonde : imaginer d’autres rapports au corps, à l’espace et au quotidien.
DIZAGN poursuivra la mise en ligne de cette recherche, des archives et de la documentation réunies autour d’Olivier Mourgue. Ce travail avait commencé avec Olivier Mourgue. Le poursuivre est aujourd’hui une manière de rendre hommage à son œuvre, mais aussi à la générosité avec laquelle Olivier Mourgue avait accepté d’en ouvrir les portes à un jeune chercheur.
Olivier Mourgue, 1939–2026.
Avec gratitude et émotion.
Sources: Thibault Lannuzel, Master II research, Université Paris IV–Sorbonne, 2008–2010, conducted in direct collaboration with Olivier Mourgue; DIZAGN archives and documentation; obituary published by Le Monde, 9 October 2026.

