Roger Landault. Fonds Roger Landault, Centre Pompidou / Bibliothèque Kandinsky — droits réservés.
ROGER LANDAULT
1919 — 1983 · DESIGNER · MOBILIER · ARCHITECTURE INTÉRIEURE · MATÉRIAUX SYNTHÉTIQUES
Roger Landault occupe une place singulière dans le design français de l’après-guerre. Formé très jeune aux Arts appliqués, il traverse près de quatre décennies de création en adaptant constamment son vocabulaire aux transformations techniques et sociales : du mobilier de Reconstruction en bois massif aux ensembles en plastique thermoformé des années 1970.
Cette capacité d’évolution constitue probablement le fil directeur de son œuvre. Landault n’abandonne jamais la précision constructive de sa formation, mais il refuse de figer le meuble dans une esthétique unique. Chaque nouvelle technique devient pour lui l’occasion de reconsidérer la forme, l’usage et la production.
BIOGRAPHIE
Né en 1919, Roger Landault entre dès l’âge de quatorze ans, en 1933, au lycée des Arts appliqués de Paris. Cette formation précoce l’inscrit dans une culture où la maîtrise du dessin, de la construction et des matériaux demeure essentielle. Lorsqu’il commence sa carrière au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France doit reconstruire son habitat et inventer de nouvelles formes de mobilier adaptées aux logements modernes.
En 1945, Landault rejoint le Studium-Louvre, dirigé par Étienne-Henri Martin. Le Studium constitue alors un lieu important pour le renouvellement des arts décoratifs et de l’architecture intérieure. Landault y acquiert rapidement une place centrale : il succède à Étienne-Henri Martin comme directeur artistique et occupe cette fonction jusqu’en 1955. Cette décennie lui permet d’articuler création, présentation commerciale et réflexion sur les nouvelles conditions de production du mobilier.
Dès 1946, son travail attire l’attention de l’entreprise A.B.C., avec laquelle il développera plusieurs programmes successifs. La gamme Junior, créée entre 1951 et 1954, répond directement aux exigences de la Reconstruction : mobilier rationnel, clairement construit, susceptible de s’intégrer dans des espaces domestiques plus réduits. Avec Dakar et Rotterdam, développées entre 1955 et 1959, Landault poursuit cette recherche en concevant des meubles juxtaposables en bois massif.
Ces ensembles manifestent une conception du mobilier comme système plutôt que comme collection d’objets indépendants. Rangements, tables et éléments domestiques peuvent se combiner et organiser l’espace. Les lignes Dakar et Rotterdam contribuent à la reconnaissance du designer et lui valent le Prix René-Gabriel, distinction créée pour encourager un mobilier moderne, de qualité et accessible à une large clientèle.
Landault poursuit ses recherches avec les gammes Panama, entre 1959 et 1961, puis Chatelaine et Rio au début des années 1960. Ces séries montrent l’élargissement progressif de sa palette : bois, métal, surfaces gainées et matériaux nouveaux se combinent dans un mobilier où l’influence scandinave peut apparaître, sans effacer la rigueur française de la construction.
Parallèlement à son travail pour A.B.C., il collabore avec d’autres fabricants. Bouvier édite notamment à partir de 1954 la chaise 6517. Les archives conservées par la Bibliothèque Kandinsky témoignent de l’ampleur de son activité : projets de mobilier, plans d’aménagement, recherches pour les collectivités, études de sièges, dessins et photographies couvrent des domaines allant de l’habitat privé aux équipements collectifs.
Au cours des années 1960, Landault aborde de plus en plus la question du mobilier comme élément d’un environnement global. Les documents du fonds montrent ses recherches pour les Arts ménagers, des chambres, bureaux, équipements hospitaliers et espaces de collectivité. Le dessin n’est plus seulement celui d’un meuble : il organise des usages, des circulations et des relations entre plusieurs fonctions.
Cette évolution aboutit, dans les années 1970, à une rupture matérielle spectaculaire. Landault adopte les possibilités offertes par le plastique thermoformé et développe avec Steiner des ensembles Unibloc. Tables et banquettes sont réunies dans des structures continues, capables d’équiper des espaces collectifs, des lieux de restauration ou des environnements domestiques nouveaux. L’objet devient presque une micro-architecture.
L’Unibloc illustre parfaitement la capacité du designer à transformer son langage sans renier ses principes. Le bois massif et l’ébénisterie de ses débuts ont laissé place au matériau synthétique, mais la recherche reste identique : réduire les composants, clarifier les fonctions, intégrer plusieurs usages dans une forme lisible. Cette faculté d’adaptation explique la cohérence d’une carrière qui traverse les profondes mutations du design français entre 1945 et les années 1980.
Roger Landault meurt en 1983. En 2018, une importante donation familiale entre dans les collections du Centre Pompidou. Son fonds d’archives, conservé à la Bibliothèque Kandinsky, comprend papiers personnels, dossiers de projets, photographies, croquis, correspondance, livres et revues. Cette documentation permet aujourd’hui de redécouvrir une œuvre longtemps moins médiatisée que celle de certains contemporains mais essentielle pour comprendre le passage du meuble de Reconstruction au design industriel des années 1970.
ŒUVRE ET LANGAGE FORMEL
Le travail de Landault est marqué par une remarquable continuité méthodologique malgré la diversité des formes. Dans les années 1950, il privilégie la lisibilité de la construction, le bois massif, les éléments juxtaposables et un mobilier pensé en familles. Les lignes sont sobres, les assemblages précis, et la possibilité de combiner plusieurs éléments devient une composante essentielle du projet.
À mesure que les techniques industrielles évoluent, il introduit de nouveaux matériaux et des volumes plus continus. Les Unibloc des années 1970 condensent cette transformation : l’assise, la table et parfois plusieurs places deviennent un seul système thermoformé. Landault passe ainsi d’une modernité fondée sur l’ébénisterie rationnelle à une modernité fondée sur l’intégration fonctionnelle et la matière plastique.
ÉDITEURS ET COLLABORATIONS
Studium-Louvre · A.B.C. · Bouvier · Steiner · projets de mobilier et d’aménagement pour l’habitat et les collectivités.
CHRONOLOGIE SÉLECTIVE
1919 — naissance · 1933 — entrée au lycée des Arts appliqués de Paris · 1945 — entrée au Studium-Louvre · 1946 — début de la collaboration avec A.B.C. · 1951–1954 — programme Junior · 1954 — chaise 6517 pour Bouvier · 1955 — premier prix du concours du Meuble de France et fin de la direction artistique du Studium-Louvre · 1955–1959 — séries Dakar et Rotterdam, Prix René-Gabriel · 1959–1961 — Panama, Chatelaine et Rio · années 1960 — recherches d’aménagement et d’équipement collectif · années 1970 — développement des Unibloc en plastique thermoformé pour Steiner · 1983 — décès · 2018 — donation familiale au Centre Pompidou.
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Fonds Roger Landault, Bibliothèque Kandinsky — Centre Pompidou · catalogue Mobi Boom, l’explosion du design en France 1945–1975, Musée des Arts décoratifs, 2010 · documentation A.B.C., Bouvier et Steiner.
COLLECTIONS PUBLIQUES ET ARCHIVES
Centre Pompidou / Musée national d’art moderne — collection Design · Bibliothèque Kandinsky, Fonds Roger Landault, 1945–1983. Le Centre Pompidou conserve notamment des dessins, plans et projets issus de la donation familiale de 2018, documentant le mobilier domestique, les équipements collectifs et les recherches Unibloc.
ROGER LANDAULT CHEZ DIZAGN
ARCHIVES DIZAGN — ŒUVRE VENDUE
Pièce déjà passée par DIZAGN et conservée en ligne à titre documentaire.
René-Jean Caillette → Expertise DIZAGN → Thibault Lannuzel →
Sources principales : Centre Pompidou / Bibliothèque Kandinsky ; documentation DIZAGN. Portrait : Fonds Roger Landault — droits réservés.

