GÉNÉRATION FORMES UTILES / RECHERCHE

FORMES UTILES

UAM · SALON DES ARTS MÉNAGERS · OBJET INDUSTRIEL

Bien avant que le mot « design » ne s’impose dans le vocabulaire français, Formes Utiles propose une méthode : sélectionner, montrer et défendre des objets dont la forme découle de la fonction, du matériau et des possibilités de l’industrie.

Janine Abraham et Dirk-Jan Rol, stand au Salon de la Société des artistes décorateurs, 1959

Janine Abraham et Dirk-Jan Rol, stand au Salon de la Société des artistes décorateurs, 1959. Photo N/B, Archives Janine Abraham et Dirk-Jan Rol, Meudon. Document de contexte sur les salons ; ce visuel n’est pas présenté comme une vue de la section Formes Utiles.

DE L’UAM À FORMES UTILES

L’Union des artistes modernes avait, dès l’entre-deux-guerres, défendu une conception rationaliste des arts appliqués et de l’architecture. Francis Jourdain, René Herbst, Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Louis Sognot, Marcel Gascoin, André Hermant, Jacques Dumond et d’autres y expérimentent une création débarrassée de l’ornement gratuit et attentive à la série, aux matériaux et aux usages.

Après la guerre, André Hermant et Jacques Dumond fondent en 1947 l’association Formes Utiles. L’initiative prolonge cette volonté moderniste : montrer l’objet non comme une pièce isolée de prestige, mais comme un élément du cadre quotidien. La présentation s’inspire notamment du principe du « bazar » défendu par Francis Jourdain : des objets utilitaires réunis, classés et confrontés comme dans un grand magasin.

1947 — Fondation de l’association Formes Utiles par André Hermant et Jacques Dumond.
1949–1950 — Exposition « Formes Utiles, objet de notre temps » au Musée des arts décoratifs.
1951 — Formes Utiles s’installe au Grand Palais dans le cadre du Salon des arts ménagers.

UN CRITÈRE : LA JUSTESSE

À partir de 1951, la section Formes Utiles du Salon des arts ménagers devient un lieu privilégié pour la promotion de l’objet industriel contemporain. La sélection est exigeante : rigueur du dessin, proportions, qualité des finitions, adéquation de la matière à la fonction et prise en compte des nouveaux procédés de fabrication.

La formule d’André Hermant résume cette ambition : sont utiles et belles les formes qui manifestent l’accord entre les exigences de la matière et les aspirations de l’esprit. L’enjeu n’est donc pas de produire une esthétique moderne pour elle-même, mais de faire émerger une forme juste.

Le manifeste publié en 1955 précise cette orientation. Lorsque Formes Utiles devient indépendante de l’UAM en 1957, l’association affirme plus clairement encore un réformisme social fondé sur le « beau dans l’utile ».

LE SALON DES ARTS MÉNAGERS

Le Salon des arts ménagers réunit précisément les conditions dont ces jeunes designers ont besoin : concepteurs, éditeurs, fabricants, presse et public y sont présents au même moment. Les prototypes y côtoient les produits de série, les ensembles d’habitation et les démonstrations de matériaux nouveaux.

Pour la Génération Formes Utiles, le Salon devient ainsi un véritable laboratoire public. Les participations répétées, les concours et les récompenses contribuent à leur visibilité et facilitent les rencontres avec l’industrie.

POURQUOI « GÉNÉRATION FORMES UTILES » ?

Le titre de la recherche doctorale reprend volontairement cette histoire. Les onze designers étudiés ne forment pas une école constituée, mais ils participent avec assiduité aux manifestations où Formes Utiles impose ses critères et nombre d’entre eux y sont sélectionnés ou primés.

La dénomination exprime donc à la fois une filiation intellectuelle et un contexte professionnel : celui d’une génération qui cherche à concilier forme, fonction, industrie et qualité d’usage.

← Retour à Génération Formes Utiles

Source de travail : Thibault Lannuzel, Génération Formes Utiles — Étude d’un groupe de designers en France, 1945-1973, thèse de doctorat, Université Paris IV–Paris-Sorbonne, 2011–2016. Brouillon éditorial.