François Arnal dans son atelier. Source : Gallifet — droits réservés.
FRANÇOIS ARNAL
1924 — 2012 · ARTISTE · DESIGNER · FONDATEUR DE L’ATELIER A
François Arnal occupe une position singulière à la frontière de l’art et du design. Figure de l’Art informel dans les années 1950, peintre présent dans les collections du Centre Pompidou, il est aussi le fondateur de l’Atelier A, expérience radicale qui tente à partir de 1969 de faire sortir la création artistique du tableau et de l’intégrer à la vie quotidienne.
En six années seulement, l’Atelier A devient un laboratoire de décloisonnement entre artistes, designers, objets et mobilier. Arnal ne renonce pas à la peinture : il cherche plutôt à étendre la position de l’artiste à la production, à l’usage et à la société.
BIOGRAPHY
Né en 1924 à La Valette-du-Var, François Arnal suit des études de droit et de lettres mais choisit la peinture comme véritable mode d’existence. Arrivé à Paris en 1948, il s’inscrit dans le contexte de l’après-guerre et devient l’un des représentants d’une abstraction gestuelle et matérielle proche de l’Art informel.
Au début des années 1950, ses peintures développent des formes allusives et une matière en constante transformation. Un voyage au Mexique et aux États-Unis, puis un séjour à Tahiti, élargissent son vocabulaire. À son retour en France, il poursuit des recherches où bombages, coulures, glacis et empreintes mettent en crise la distinction entre surface picturale, geste et objet.
Le Centre Pompidou conserve plusieurs œuvres majeures de cette période, notamment L’Accident de 1957 et Schéma négatif de 1960. Elles témoignent de la place d’Arnal dans l’abstraction française d’après-guerre et de son intérêt pour les traces, les accidents, les structures mécaniques et les signes prélevés dans le réel.
Dans les années 1960, cette interrogation conduit progressivement Arnal à remettre en question la séparation traditionnelle entre l’œuvre d’art et la vie. Mai 1968 agit comme un accélérateur. En 1969, il crée l’Atelier A, structure d’édition conçue pour produire des meubles, luminaires et objets imaginés par des artistes et des créateurs venus de disciplines différentes.
L’ambition est à la fois esthétique et sociale : mettre la création à portée d’un public plus large et faire de l’artiste un acteur de la vie quotidienne. L’Atelier A fonctionne avec une liberté inhabituelle, mêlant enthousiasme, improvisation et expérimentation. Pendant six ans, plus de trente créateurs participent à l’aventure ; artistes et designers y conçoivent près de deux cents modèles.
Arman, César, Annette Messager, Rod Adzak et de nombreux autres artistes sont invités à imaginer des objets qui peuvent quitter l’espace traditionnel de l’exposition pour entrer dans l’habitat. François Arnal lui-même signe plusieurs dizaines de modèles. L’Atelier A devient ainsi un terrain où l’objet industriel, le multiple, la sculpture et le mobilier se contaminent mutuellement.
Les créations d’Arnal pour l’Atelier A sont souvent fondées sur le détournement de composants familiers. Le serre-joint devient piètement de table ; le tube, le fil métallique, la roue ou le dispositif mécanique sont déplacés de leur fonction première. Le mobilier ne cherche pas à effacer son procédé : il expose au contraire le principe qui le fait tenir, rouler, plier ou s’assembler.
Cette logique est particulièrement visible dans les tables à piétements « serre-joint », dont les éléments chromés peuvent recevoir différents plateaux. L’objet se présente comme un dispositif ouvert plutôt que comme une forme définitive. Le caractère presque bricolé de certaines pièces est volontaire : il affirme la possibilité de produire autrement et remet en cause les codes bourgeois du mobilier traditionnel.
L’Atelier A disparaît en 1975. Arnal reprend alors pleinement la peinture et développe de nouvelles séries, notamment autour des Meeps, personnages imaginaires d’une civilisation fictive. Il poursuit jusqu’à la fin de sa vie une œuvre marquée par la mobilité, la curiosité et le refus des catégories fixes. François Arnal meurt à Paris en 2012.
La redécouverte de l’Atelier A, notamment grâce à la monographie publiée par les Éditions Norma en 2003, a replacé cette aventure dans une histoire plus large du design radical et des échanges entre art et objet. Elle permet de comprendre que l’activité de designer d’Arnal n’est pas un épisode périphérique de sa carrière de peintre : elle prolonge directement sa volonté de modifier le rapport entre création et vie.
ŒUVRE ET LANGAGE FORMEL
Dans le mobilier, Arnal applique une logique proche de celle de son travail pictural : il déplace, assemble, détourne et rend visible le processus. Le serre-joint, le tube chromé, le fil, la roue ou le matériau industriel sont choisis pour leur capacité à produire une relation immédiate entre structure et usage.
Les formes sont souvent minimales mais jamais neutres. Une table peut être réduite à quatre pinces ; une chaise devient dessin dans l’espace ; une chaise longue peut évoquer un engin mécanique. Cette économie donne aux objets une présence conceptuelle qui les rapproche autant de la sculpture que du mobilier.
ATELIER A — ÉDITIONS ET COLLABORATIONS
Atelier A, 1969–1975 · collaborations et éditions avec Arman, César, Annette Messager, Rod Adzak et de nombreux artistes et designers · production de mobilier, luminaires et objets en petites séries.
CHRONOLOGIE SÉLECTIVE
1924 — naissance à La Valette-du-Var · 1948 — installation à Paris et développement de la peinture informelle · années 1950 — voyages et recherches picturales · 1957 — L’Accident · 1960 — Schéma négatif · 1969 — création de l’Atelier A · 1969–1975 — éditions expérimentales d’objets et de mobilier · 1975 — fin de l’Atelier A et retour affirmé à la peinture · 2003 — publication de la monographie de référence consacrée à l’Atelier A · 2012 — décès à Paris.
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Françoise Jollant-Kneebone & Chloé Braunstein-Kriegel, Atelier A, rencontre de l’art et de l’objet, Norma, 2003 · Patrick Favardin & Guy Bloch-Champfort, Les décorateurs des années 60–70, Norma, 2007 · documentation Centre Pompidou consacrée à François Arnal · archives et documentation Atelier A.
COLLECTIONS PUBLIQUES
Centre Pompidou / Musée national d’art moderne, Paris : peintures et œuvres de François Arnal, notamment L’Accident (1957) et Schéma négatif (1960). Son travail est également documenté dans les publications et collections consacrées au design radical et aux relations entre art et objet des années 1960–1970.
François Arnal au Centre Pompidou · Monographie Atelier A — Éditions Norma.
FRANÇOIS ARNAL CHEZ DIZAGN
ARCHIVES DIZAGN — ŒUVRE VENDUE
Pièce déjà passée par DIZAGN et conservée en ligne à titre documentaire.
Expertise DIZAGN → Thibault Lannuzel →
Sources principales : Centre Pompidou ; Éditions Norma ; Gallifet ; documentation DIZAGN. Portrait : droits réservés.

